Au fond, je voulais juste être exceptionnelle.
Déjà, étant gamine, je me disais que je serais promise à un destin fabuleux.
Je pensais que si je le souhaitais très fort, je me réveillerais un jour avec des pouvoirs incroyables, un devoir envers l'humanité et une destinée épique. C'était bien simple, si quelque chose dans ce gôut là ne m'arrivait pas, c'était pas normal, parce que sans ça, la vie elle serait bien chiante. Et c'était pas humainement possible de m'imaginer que la vie, toutes ces années devant moi qu'on m'offrait gratuitement, allait être chiante.
C'est pour ça que je rentrais facilement dans nos jeux d'enfants qui consistaient à sauver la planète, voire l'univers entier, sous couvert de pouvoirs comme l'"Eclair Suprême (Agis tout de suite!)", les "Croissants d'amouuur (Agis tout de suite!)" et le "Kamehamehaaaaaaaaaaaaaaa". Je me souviens encore de ma baguette de Sailor Jupiter (qui faisait aussi vernis à ongle qui pue), j'étais si heureuse de l'avoir, de posséder un tel objet synonyme de pouvoir magique destiné à faire le Bien, que je me sentais forte et invincible lorsque je l'avais entre les mains et la pointais vers le ciel. On jouait souvent à ces jeux là avec Nel Nel et Sophinouss. J'étais même persuadée que ma destinée était intimement liée à la leur, et que si je devais sauver le monde, je ne pourrais pas le faire sans eux. Après tout, les cheveux de Nel Nel finiraient bien par pousser et se transformer en chewing gum jaune fluo avec le temps.
Quand il ne s'agissait pas de pouvoirs magiques (et oui, finalement on peut pas tout avoir non plus), on s'amusait à se mettre dans des situations critiques du genre Jurassic Park ou Jumanji, où, avant de devoir sauver le monde, il fallait d'abord sauver notre peau et celle de ceux qu'on aime. On courait, le souffle presque coupé, à travers cette forêt du Rebberg qui faisait penser à un trou de météorité et qui abritait un bunker, persuadés que le T-Rex était pas loin. On courait pour la survie. On courait parce qu'on était des héros. On courait parce que, c'est uniquement dans les situations critiques que les facultés de héros se révèlent. On couraut parce que c'était vraiment BIEN d'être des héros.
Quelque part, j'y croyais vraiment. A ma faculté d'être une héroïne avec un destin exceptionnel. Il fallait que ce soit vrai, il fallait que je fasse partie de cette catégorie de personnes. Il fallait que je fasse le Bien.
Je n'ai pas reçu une claque dans la gueule un jour. Non, je dirais plutôt que la désillusion s'est faite au fur et à mesure. Petit à petit il a fallu que je me rende compte que la magie ça n'existait pas, et que les facultés incroyables comme la télépathie, la télékinésie ou tout simplement être surdoué ne concernaient qu'une infime partie de la population voire personne suivant que l'on y croyait ou non. Je me suis aussi rendue compte que la notion de Bien et de Mal est comme tout, elle est relative, tout dépend de ce qu'on en pense comme écrivait Shakespeare.
Malgré tout, il reste quelque chose de ce désir enfoui, une envie sourde d'avoir une destinée héroïque. C'est probablement pour ça que je me gave de films, de livres ou de séries apocalyptiques et héroïques. Quelque part, je rêverais d'être un John Connor, une Buffy Summers ou un Robert Neville. Avec toutes les peines, les doutes, les sacrifices que cela comporte. Parce que c'est ça aussi, être un héros.
Malheureusement pour moi, ma vie est bien loin de comporter des pouvoirs magiques (même si, comme une boulette, je continue à faire la clope de voeu -on sait jamais-) ou des situations hautement critiques comme une invasion de zombies ou des Vélociraptors lachés dans la nature.
Si ça se trouve, je me ferais bouffer en moins de deux
et je survivrais même pas 4 minutes à ce genre de désastres.
(moins que Justin et Madonna c'est vraiment la honte.)
(quoique eux au moins ils ont Timbaland qui fait des "fiki-fiki" d'encouragement.)