Je suis une légende
Richard Matheson
Probablement la meilleure découverte littéraire de l'année 2007 pour moi.
Comme toute bonne littéraire et cinéphile qui se respecte, j'essaie au mieux de lire les livres des films à paraitre qui m'interessent.
Il faut dire que cet été, la bande annonce de I Am Legend avec Will Smith m'avait alléchée. Une histoire apocalyptique, le dernier homme sur Terre, des créatures des ténèbres, pour ceux qui connaissent mon gôut pour les histoires où les gens "sont grave dans la merde jusqu'au cou", ça ne pouvait que susciter mon interêt. Et comme d'habitude après un petit passage sur le site d'AlloCiné, je découvre que bien évidemment une telle histoire est issue d'un bouquin du même nom.
Je m'empresse de l'acheter et de le dévorer.
Ayant vu le film le mois dernier, cela s'impose que les deux sont complètement différents.
L'époque déjà n'est pas la même, le héros n'a rien à voir et en fait, l'histoire en elle même n'a rien à voir avec le livre. Bien sur, le topic de départ est repris, le dernier homme sur Terre, des créatures des ténèbres, un chien, un antidote, mais l'histoire de Matheson est plus profonde, plus psychologique.
Robert Neville est un pauvre mec (et non il bosse pas dans l'armée, il est pas un grand scientifique avec un attirail pas croyable dans sa cave), il est tout seul dans sa ville natale, hormis ses voisins transformés en vampires assoiffés de sang qui viennent l'emmerder devant sa porte tous les soirs à coup d'insultes et d'invitation au sexe (pas de zombies analphabètes non plus en somme). Robert Neville est tellement seul qu'il essaie tant bien que mal de devenir "ami" avec un chien errant, sans succès. Sa solitude le rend un peu fou, à tel point qu'il en arrive à être presque content que son voisin vienne le harceler tous les soirs.
Le bouquin de Matheson nous confronte vraiment à la solitude de l'être humain et à son besoin de sociabilisation, ce qui est quand même visible dans le film (je pense surtout à Will Smith qui parle à des mannequins de boutique comme si c'était des êtres humains). On rentre littéralement dans la peau de Neville, sans aucune peine, puisque sa solitude est tout ce qu'il y a de plus humain. Non, Robert ne recherche pas un antidote pour sauver l'humanité, il avale des bouquins de biologie parce qu'il s'emmerde et qu'il n'a rien de mieux à faire dans ce monde dévasté. Par contre, dans les deux histoires, le besoin de musique est là, pas de Bob Marley pour Matheson bien sûr, mais de la musique classique, comme si la musique était un rempart contre la solitude, un espoir ('cause every little thing is gonna be alright) parce qu'après tout l'Art est ce qui fait de nous des êtres humains. Et Neville s'accroche sans relâche à cette musique et à cette bouteille d'alcool, pour mieux couvrir les beuglements du reste de l'humanité condamnée à sortir la nuit tombée.
Cependant, pas de fin heureuse, ni pour Robert, ni pour l'humanité.
Une fin géniale, c'est le cas de le dire, qui ne laisse aucun espoir d'aucune sorte à l'humanité, ce qui fait de Robert Neville une légende à proprement parler. En cela, le livre justifie tout à fait son titre.
Pour le moment, ce livre a plu à tous ceux auxquels je l'ai preté. Après lecture, le film n'en reste pas moins bien, juste différent. Mais l'histoire de Matheson l'emporte par son génie.
"Le Passé n'en finira donc jamais de mourir ?" (R. Matheson)
"Don't worry about a thing, 'cause every little thing is gonna be alright." (B. Marley)